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PLASMAPHERESE DANS LE FOYER EPIDEMIQUE DE YAMBUKU, ZAIRE

D. COURTOIS (1), M. ISAACSON (2), B. DUJEU (1)
1. Institut de Médecine Tropicale du Service de Santé des Armées, Hópital Laveran, Service de Biologie Médicale, 13668 Marseille, France.
2. Département d'Epidémiologie, Institut pour la Rescherche Médicale d'Afrique du Sud, Johannesbourg.

Le plasma de convalescent est le seul traitement spécifique a opposer a un nouveau virus pathogène. Au cours d'une épidémie due a un tel virus, le dépistage des convalescents et la récolte de leur plasma constitueront donc une priorité. Mais, si la plasmaphérèse est une opération aisée en milieu hospitalier, son exécution dans une zone tropicale isolée (Yambuku, par exemple) devient, par contre, complexe, En effet, c'est au niveau du foyer épidémique que doit se déroulér la plasmaphérèse si ]'en veut recueillir rapidement un nombre important d'unités de plasma. Les problèmes a resoudre sont alors nombreux : - acheminement du matériel a la fois lourd et fragile sur de longues distances.fourniture d'une énergie électrique d'intensité suffisante.

MATERIEL UTILISE POUR LA PLASMAPHERESE A YAMBUKU

- centrifugueuse réfrigéré

- matériel de prélévement (sacs plastiques, aiguilles, etc...)

- congélateur pour la conservation du plasma. réfrigérateur.

- générateur d'électricité d'une puissance de 10 k.w.a.

A ce materiel nécessaire pour la collecte des plasmas, il faut ajouter celui d'un laboratoire de sérologie virale pour la mise en évidence des anticorps spécifiques dans le plasma des convalescents (technique sérologique utilisée à Yambuku : immunofluorescence indirecte) et celui d'un laboratoire d'hématologie pour le contrôle et la surveillance des donneurs de plasma.

Le transport de ce matériel se fit par avion de Kinshasa à Bumba. De Bumba à Yambuku, les instruments les plus fragiles furent acheminés par hélicoptere, le reste par camion ou land-rover sur cent kilometres de pistes défoncées par les pluies.

La salle de prélèvement du plasma, les laboratoires d'hématologie et de sérologie virale étaient installés dans les pavillons du petit hôpital de la mission. L'alimentation électrique était fournie par le générateur propre a la mission et celui transporté depuis Kinshasa.

PRELEVEMENT DU PLASMA - CONTROLE DES DONNEURS

Douze convalescents donnèrent régulièrement leur plasma pendant cette opération de plasmaphérèse. Certains convalescents ne furent pas retenus : sujets trop jeunes ou trop âgés, femmes enceintes.

Au début de la convalescence, le faux des anticorps spécifiques chez ces e donneurs de plasma atteignait 1/256 . Quatre mois plus tard, il s'abaissait a 1/64 e . La récolte du plasma était alors arrêtée. Le rythme des prélèvements était d'une séance par semaine par donneur, au cours de laquelle deux unités de plasma étaient recueillies (une unité de plasma = 250 a 300 ml). Ce rythme de prélèvement n'entraina aucune réaction fâcheuse chez les donneurs.

Chaque convalescent admis comme donneur de plasma fit l'objet au début

- d'un examen clinique comprenant : appréciation de 1'état général, auscultation pulmonaire et cardiaque, prime du pouts, de la tension artérielle et de la température.

- recherche de sucre et albumins dans les urines.

- d'un examen hématologique comportant numération globulaire, formule sanguine, hématocrite, recherche de parasites sanguicoles.

L'hématocrite minimum exigé pour la prise de plasma fut 30% chez la femme et 35% chez 1'homme. Tous les donneurs enfermaient des microfilaires de Loa Loa et de Dipetalonéma perstans dans leur sang. Par contre, les autres parasites sanguicoles (trypanosome et plasmodium) ne furent jamais observ6s. De même, les recherches de l'antigène HBs et du virus Ebola dans le sang de chaque donneur intent négatives (recherches effectuées par le C.D.C. d'Atlanta).

Pendant la durée du programme de plasmaphérèse, chaque donneur de plasma reçut régulièrement nivaquine, vitamines, comprimés de fer ainsi qu'un supplément de nourriture le jour des prélèvements.

Par leur connaissance de la langue locale et des mentalités de la population les soeurs de la mission catholique furent précieuses, en particulier pour vaincre au d6but les réticences des convalescents a donner leur plasma.

DEROULEMENT CHRONOLOGIQUE DU PROGRAMME DE PLASMAPHERESE

La plasmaphérèse débuta a Kinshasa le 25 octobre 1976 sur deux convalescents évacués sur la capitale a cet effet. Les quatre premières unités prélevées sur ces personnes furent expédiées en urgence en Angleterre où elles permirent la guérison d'un technicien du Microbiological Research Establishment (Porton Down - Salisbury) accidentellement contaminé par le virus Ebola.

Le 16 novembre 1976, le programme de plasmaphérèse reprenait sur les lieux de l'épidémie a Yambuku où la totalité de la Commission Médicale Internationale s'était transportée. 11 se poursuivit jusqu'au 25 janvier 1977. Au total, 201 unités de plasma furent récoltées.

CONCLUSIONS - REFLEXIONS

En présence d'une épidémie due a un virus nouveau, il importe que la plasmaphérese démarre le plus tôt possible. Le plasma de convalescent récolté est ensuite administré aux nouveaux malades qui peuvent apparaitre dans la population autochtone mais également parmi les membrès de la Mission Médicale luttant contre l'épidémie. En l'absence de plasma protecteur, ces derniers n'auront a leur disposition, comme seuls moyens de protection, que le port de blouses, masques et gants afin d'éviter tout contact direct avec le malade.

En fait, de multiples facteurs tendent a freiner le démarrage de la plasmaphérèse. L'épidémie de fièvre hémorragique de Yambuku a éclaté début septembre 1976. La plasmaphérèse n'a pu seulement débuter que le 25 octobre 1976 alors que l'épidémie était sur son déclin (dernière victime le 7 novembre 1976). Les causes de retard sont les suivantes :

- temps pour que l'épidémie soit connue des autorités sanitaires et l'alerte donnée,

- attente de l'isolement et de l'identification de l'agent viral responsable. Mise au point de 1'antigène nécessaire pour le dépistage sérologique des convalescents.

- mise en place des personnes et du matériel au niveau des foyers épidémiques. C'est a ce niveau qu'un gain de temps appr6ciable peut être réalisé a la condition que la mission médicate étudiant l'épidémie soit autonome dans ses moyens de transport et de télécommunication ...

Signalons enfin 'intérêt pour les laboratoires travaillant sur ces nouveaux virus de posséder quelques unités du plasma protecteur correspondant afin de pouvoir traiter toute personne contaminé accidentellement au cours d'expérimentation.

SUMMARY

Collection of plasma from convalescent persons is an early task during epidemics caused by new virus. It states problems when the epidemic focus lies in rural lonely area :

- problem to convey the heavy and brittle implements to a far point,

- problem to supply enough electric energy. Plasmapheresis requires annexed laboratories: laboratory of viral serology to reveal and to titrate specific antibodies in the plasma

- laboratory for haematologic examination of plasma donors.

Twelve convalescent persons supplied regularly plasma at the rate of two units weekly. A total of two hundred and one units of plasma was obtained between November the second, 1976, and January the twenty fifth, 1977

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